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Renforcer l’agriculture de proximité avec les Monnaies Locales
wikipedia

par Gaëlle Bigler (FRACP / URGENCI) & Jean Rossiaud (Monnaie Léman / APRES-GE)

Dans le dernier numéro de la Newsletter du RIPESS-Europe, nous vous proposions d’ouvrir une section / un blog régulier sur le thème des « monnaies locales », consacrée à l’exposé des avantages et des défis de cet outil au service de l’économie sociale et solidaire et des enjeux qui se posent tant sur le plan local qu’international à son développement. Nous prenions aussi le risque d’articles plus long, permettant d’aborder un peu plus en profondeur ce sujet à la fois nouveau et complexe. Le premier article portait sur l’exemple du Léman, la monnaie du bassin de vie franco-suisse autour du lac Léman, son fond de garantie et son système de crédit mutuel, ses billets et sa blockchain.

L’idée est de partir de notre expérience de terrain, pour imaginer comment construire, tant sur le plan transnational, que dans d’autres contextes géographiques locaux, toujours différents, des synergies entre des secteurs de l’ESS et les monnaies locales : la monnaie locale pouvant servir d’instrument à la fois pour construction de filières économiques (agricultures, informatiques, construction, etc.) et pour la promotions des échanges entre filières de l’ESS, et entre celles-ci et les collectivités publiques.

Dans ce numéro, Gaëlle Bigler et Jean Rossiaud ont co-rédigé ce deuxième article posant les bases d’une réflexion sur la pertinence de l’utilisation de monnaies complémentaires dans le développement d’une agriculture agroécologique, en partant de leur propre terrain, la Suisse romande.

***

Comme présenté dans l’article précédent, à l’instar de bien d’autres monnaies locales, le léman a été créé pour répondre localement à deux crises systémiques globales contemporaines : la crise financière et la crise climatique. La monnaie citoyenne a pour but de donner une véritable identité territoriale à l’économie dite de la transition, une économie post-extractiviste (post-carbone, post-nucléaire) et post-spéculative. Elle propose une solution immédiate et concrète pour relocaliser la production et la consommation et les orienter vers davantage de durabilité. En effet, elle favorise le développement d’un réseau denses d’entreprises, de commerces, de consommateurs et de collectivités publiques qui partagent ces principes, cette éthique et les idées de citoyenneté et d’engagement. Comme le disait un porte-parole de l’Eusko : quand vous sortez votre billet d’Eusko pour payer, c’est la « carte d’identité de la transition » que vous exhibez. Consommer au plus proche de chez soi, des aliments sains, dont on connaît la provenance, que nous avons peut-être contribué à produire ou à distribuer est une action qui gagne à être intégrée et articulée dans une perspective économique et financière plus large.

Depuis 2008, la Fédération Romande des ACP (FRACP) réunit une trentaine d’initiatives de toute la Suisse francophone. A l’origine « ACP » désigne l’Agriculture Contractuelle de Proximité, et par extension, ACP est utilisé pour toute initiative, association ou coopérative qui entre dans une démarche de partenariat entre un groupe de citoyens et des producteurs locaux pour un engagement social, économique et solidaire. Cet engagement réciproque, permet de recevoir, en général chaque semaine, les produits pour lesquels vous avez signé un contrat. C’est un système de vente en circuit-court, sans intermédiaire entre producteur et mangeur.

Les missions de la FRACP sont de rassembler, c’est-à-dire de renforcer les liens entre ACP ; d’accompagner, c’est-à-dire de partager les connaissances ; de soutenir les nouvelles ACP et celles en difficulté et de promouvoir, c’est-à-dire de sensibiliser et de défendre le modèle des ACP auprès du public et des autorités politiques.

Depuis quelques années la FRACP est membre actif du réseau international Urgenci pour l’agriculture soutenue par les citoyens. En effet les modèles développés en Suisse correspondent à la définition élaborée en commun par les membres d’une vingtaine de pays : L’agriculture soutenue par les citoyens (ASC) est un partenariat fondé sur des rapports humains directs entre des consommateurs et un ou plusieurs producteur(s), où les risques, responsabilités et bénéfices du travail agricole sont partagés dans le cadre d’un engagement mutuel sur le long terme.

Le réseau Urgenci est, lui-même, très actif dans le mouvement pour la souveraineté alimentaire et dans la promotion des partenariats locaux et solidaires, notamment au sein du Réseau Intercontinental de Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire. 

Cet engagement pour le développement d’une agriculture locale, écologique, sociale, solidaire et à taille humaine pour assurer la souveraineté alimentaire, a amené la FRACP à participer à différents événements au niveau local, comme la journée de réflexion coordonnée par le programme Nourrir la Ville de Genève, à la campagne pour ajouter un article sur la souveraineté alimentaire dans la constitution suisse ; et au niveau international : participation à la rédaction d’un ouvrage sur les partenariats locaux et solidaires, co-rédaction de la Déclaration Européenne de l’Agriculture soutenue par les citoyens …  

Parmi les différentes thématiques de travail, autant au niveau local qu’au niveau international, se pose la question du développement des filières. Comment intégrer les boulangers, les bouchers et les autres artisans travaillant en amont ou en aval de la production agricole au sein des ACP ? Comment mieux intégrer les mangeurs, les décideurs politiques et les transformateurs à notre démarche, ce qui revient à se demander comment renforcer une économie sociale et solidaire dans notre territoire. Et c’est là que la monnaie locale est à envisager comme un outil simple et efficace pour répondre à cet ensemble de questions.

La monnaie locale offre des solutions qui répondent aux préoccupations des ACP :

  • les mangeurs que nous sommes sont également des citoyens et des acteurs économiques qui ont tout intérêt à renforcer la cohérence de leur démarche.

  • Les producteurs, les transformateurs et les revendeurs de type épicerie ont également tout intérêt à démontrer leur adhésion à la transition agricole et solidaire en acceptant la monnaie locale. Signer la charte d’adhésion leur permet de figurer sur une carte géoréférée et augmenter ainsi leur visibilité, face à un public grandissant de consommActeurs responsables.

  • Les collectivités publiques ont tout intérêt à conserver sur leur territoire des entreprises agricoles, artisanales ou des petites entreprises transformatrices, qui contribuent à la vie sociale et font rentrer des impôts locaux.

D’un point de vue financier, la monnaie locale multiplie votre capacité d’action sur le système que vous cherchez à promouvoir et crée davantage de richesse :

  • Quand vous changez 100 euros en monnaie locale, vos 100 euros vont grossir le fond de garantie, mis à disposition des investissements pour l’économie de la transition. De fait, vous avez épargné 100 euros pour des projets d’intérêt collectif et vous avez reçu de quoi consommer pour 100 euros en produits locaux, souvent de bien meilleure qualité que les produits industriels.

  • La vitesse de circulation d’une monnaie locale est estimée de 5 à 6 fois supérieure à la vitesse de circulation d’une devise ; c’est à dire qu’elle produit 5 à 6 fois plus de richesse dans l’économie réelle.

Ensuite, la monnaie locale  diminue votre participation involontaire ou parfois inconsciente au système économique mondial que vous trouvez souvent délétère : il est impossible de spéculer avec des euskos, des Bristol Pounds ou des lémans sur les marchés financiers de New York ou de Hong Kong, tandis qu’avec votre argent sur votre compte bancaire, c’est ce qui se fait constamment. Votre banquier prend alors plus de risque avec votre argent et contribue, par la recherche constante du rendement financier, à la surproduction et la surconsommation planétaire, qui détruisent la planète autant que les sociétés. Tout ce que vous chercher à contrecarrer en mangeant local et sain.

Par ailleurs, la monnaie locale, parce qu’elle ne peut pas être rechangée sans frais en devise oblige à rechercher des fournisseurs et à donc à intégrer les filières. Et c’est cela qui est le plus important. En stimulant la construction d’un réseau bien dense d’entreprises locales, les bassins de vie sont très résilients aux crises systémiques comme la crise de 1929 ou celle de 2008. Ces crises financières ne deviennent des crises économiques principalement parce qu’elles assèchent le crédit. Sans liquidité, plus de possibilité de payer ses fournisseurs, impossibilité de produire pour ses clients, et de répondre à une demande pourtant solvable, et faillites en série de filières entières de l’économie. Il n’y a qu’à étudier les crises argentine ou grecque pour s’en convaincre.

La monnaie locale lorsqu’elle fonctionne comme le Léman en crédit mutualisé permet à chaque entreprise d’avoir en permanence des lignes de crédit ouvertes automatiquement en cas de crise de liquidité. De plus, en cas de surplus de stock, c’est le même réseau qui peut être activé pour le déstockage.

Voilà pourquoi, la monnaie locale est un excellent outil pour renforcer la solidarité mécanique dans les filières, de la graine au pain, de la fourche à la fourchette, de l’orge à la pinte dans notre bistrot favori.

L’ESS est trop souvent encore cloisonnée. Chacun cultive son jardin et engrange ses bonnes pratiques dans des silos bien hermétiques. Pourtant l’économie, par définition, fait système. Et tout système n’est bon, parce qu’il fait système. A nous de construire un système écologique, social et solidaire qui nous permette de produire toujours plus de produits sains au plus près de chez nous.

C’est dans cet esprit que le léman et la FRACP démarrent une réflexion sur des collaborations et des synergies à développer entre monnaies locales et alimentation durable. Voici les premières thématiques que nous avons identifiées :

  • réflexion en termes de filière, pour chaque type de produit agricole : de la semence à la production, de la production à la transformation, de la transformation à la distribution, de la distribution à la consommation,

  • réflexion dans le cadre du Programme « Nourrir la ville » / Eating Cities : partir des territoires de quartiers et des communes pour construire les circuits courts et s’inscrire dans la transition,

  • réflexion à mener sur l’implication des collectivités publiques à la fois comme acteurs économiques dans les circuits courts ; et en tant que pouvoir public, dans le cadre des politiques publiques dans les domaines agricole, de la promotion économique, de l’alimentation et de la santé (cantines), du développement durable, et de la fiscalité.

  • rôle du porte-monnaie multi-monnaies, Biletujo (porte-monnaie en esperanto), pour l’importation de produits élaborés dans d’autres territoires, ou l’exportation de prodduits typiquement d’ici.

  • réflexion sur l’importance de travailler en réseau et d’ancrer cette réflexion dans le cadre institutionnel de l’ESS, et sur le plan international avec le RIPESS, mais également au-delà, en s’adressant à des acteurs économiques qui ne se reconnaissent pas dans l’ESS, mais qui en partagent pourtant la philosophie en œuvrant à la transition agricole, énergétique et économique.

Nous reprendrons assurément ces réflexions dans un prochain article. Vos remarques et questions en orienteront le contenu.

 

Ouverture de quatre nouveaux projets de coopératives de femmes dans la Fédération démocratique du nord de la Syrie (Rojava)

Co-operation in Mésopotamia est l’un des projets majeurs et les plus réussis de la Solidarity Economy Association (SEA) Son objectif est d’encourager la solidarité internationale et la formation continue sur l’économie coopérative largement dirigée par les femmes qui se développe, malgré la guerre en cours, dans la Fédération démocratique du nord de la Syrie, communément appelée Rojava.

Le projet a commencé avec un accent sur la recherche, la traduction et l’éducation, et au cours des trois dernières années, SEA a partagé plus de 300 articles sur le site Web, organisé environ 30 ateliers dans tout le Royaume-Uni, et développé des relations solides avec de nombreux partenaires, y compris les organismes économiques des femmes à Rojava, ainsi que les coopératives et organismes coopératifs au Royaume-Uni. Le projet a reçu un engagement extrêmement positif, et le mouvement coopératif britannique est maintenant beaucoup mieux informé au sujet de son homologue à Rojava.

Voici l’article du 23 octobre 2018

Ouverture de quatre nouveaux projets de coopératives de femmes dans la Fédération démocratique du nord de la Syrie (Rojava)

Plusieurs nouveaux projets de coopératives de femmes ont vu le jour dans la région de Jazira de la Fédération démocratique du nord de la Syrie (Rojava).

Les projets sont axés sur l’agriculture, l’élevage, l’alimentation et l’habillement, et contribueront encore davantage à la prospérité économique des femmes dans la région. Elles sont situées dans la ville de Hesekê et ont été élaborées par le Comité des femmes de la Direction de l’économie de Hesekê.

Les projets sont menés en coopération et comprennent :

  • Une ferme laitière dans le village El Silêymaniyê de Hesekê, construite par 11 femmes et active depuis le 1er septembre. Duha Mihemed, l’une des femmes impliquées dans le projet, a déclaré que c’était important pour l’esprit de partenariat et pour prévenir la fraude commerciale.
  • La cuisine Inanna, qui a ouvert ses portes dans le village El Kelase de Hesekê, où les femmes préparent des aliments pour l’hiver et les vendent bien en dessous des prix du marché, et préparent des repas quotidiens. L’un des partenaires du projet, Zêneb Umer, a déclaré qu’ils allégeaient un peu le fardeau des femmes.
  • La boulangerie Ishtar  dans le quartier El Nasre, ouverte par 8 femmes

Le Comité des femmes a également soutenu le développement de l’agriculture à Hesekê en distribuant la majeure partie des terres arables de la région à 300 femmes. Ces femmes ont commencé à produire des récoltes dans ces parcelles, et des puits seront également créés dans les jours à venir.

De plus, des génératrices ont été installées le long de plusieurs rues de la ville, fournissant de l’électricité à 130 maisons chacune.

L’administratrice du Comité des femmes, Cewhera Mihemed, a déclaré qu’elle lance de nouveaux projets pour développer l’économie des femmes dans la région par le biais des coopératives.

Córdoba (Espagne): Rencontre des Economies transformatrices (6-7 décembre, 2018)
The Telegraph

La RENCONTRE INTERNATIONALE DES ECONOMIES TRANSFORMATRICES a eu lieu les 6 et 7 décembre à Cordoue.

Le IIIème Congrès d’Economie Solidaire annoncé préalablement pour ces dates s’est transformé en un rendez-vous ouvert aux expériences d’autres pays grâce à la volonté des promoteurs de donner à cet espace une plus grande dimension, qui inclut des références internationales et met en relation les économies en mutation avec une perspective transnationale.

Organisée par REAS Andalucía et l’Université de Cordoue, la rencontre se concentrera sur l’analyse, la diffusion et la mise en relation de pratiques économiques transformatrices qui sont non seulement possibles et alternatives, mais qui pour beaucoup sont déjà en cours de mise en œuvre et capables de démontrer la validité des propositions qui placent les personnes au centre de leur développement en tant que protagonistes économiques. Reliées les unes aux autres parce que nous partageons des valeurs et une éthique commune qui prévaut sur l’intention de profit, les économies ransformatrices se réuniront à Cordoue à la fin de l’année pour s’engager avec les agents de l’ESS, les administrations publiques, les ONGs et les secteurs en développement, les entrepreneurs, et les personnes intéressées à faire de l’économie un moteur du changement social vers une coexistence plus humaine, une distribution plus juste et un monde évolué basé sur la durabilité environnementale et le souci pour la vie.

Plus d’ info sur:
Área de Cooperación y Solidaridad – Universidad de Córdoba
formacion.desarrollo@uco.es – (+34) 957 21 20 29
www.economiasolidaria.org/encuentro2018

Un expert de l’ONU sur la pauvreté met en garde contre le tsunami de la privatisation incontrôlée

Extrait du displaynews des Nations Unies

NEW YORK (19 octobre 2018) – La privatisation généralisée des biens publics dans de nombreuses sociétés élimine systématiquement la protection des droits de l’homme et marginalise davantage les personnes vivant dans la pauvreté, selon un nouveau rapport.(en anglais)

Philip Alston, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, a critiqué l’ampleur avec laquelle la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et même l’ONU elle-même ont activement encouragé la privatisation généralisée des services de base, sans tenir compte des implications en matière de droits humains ni des conséquences pour les pauvres. Il a également critiqué les groupes de défense des droits de l’homme qui n’ont pas réagi assez vigoureusement face aux défis qui en résultent.

« La privatisation de la justice pénale, de la protection sociale, des prisons, de l’éducation, des soins de santé de base et d’autres biens publics essentiels ne peut se faire au détriment de la protection des droits « , a déclaré M. Alston.

« Les États ne peuvent pas se soustraire à leurs obligations en matière de droits humains en déléguant des services et des fonctions de base à des entreprises privées dans des conditions qui, ils le savent, porteront atteinte à ces droits pour certaines personnes.

Il a noté que si  » les partisans présentent la privatisation comme une solution technique pour gérer les ressources et réduire les déficits budgétaires, elle est en fait devenue une idéologie de gouvernance qui dévalorise les biens publics, les espaces publics, la compassion et une série d’autres valeurs qui sont essentielles pour une société décente.

« Alors que les partisans de la privatisation insistent sur le fait qu’elle permet d’économiser de l’argent, d’améliorer l’efficacité et d’améliorer les services, les faits du monde réel remettent souvent en question ou contredisent ces affirmations « , a déclaré M. Alston.

La privatisation repose sur des hypothèses fondamentalement différentes de celles qui sous-tendent le respect des droits de l’homme, comme la dignité et l’égalité, a-t-il dit. Il donne inévitablement la priorité au profit et met de côté des considérations telles que l’égalité et la non-discrimination. Les détenteurs de droits sont transformés en clients, et ceux qui sont pauvres, nécessiteux ou en difficulté sont marginalisés ou exclus. Les critères relatifs aux droits de l’homme sont absents de presque tous les accords de privatisation, qui comportent rarement des dispositions prévoyant un suivi durable de leur impact sur la prestation de services et sur les pauvres.

« Les mécanismes actuels de responsabilisation en matière de droits de l’homme sont clairement inadaptés pour faire face aux défis d’une privatisation à grande échelle et généralisée », a déclaré M. Alston. « La communauté des droits humains ne peut plus ignorer les conséquences de la privatisation et doit reconsidérer radicalement son approche. »

Les acteurs des droits de l’homme devraient commencer par reprendre le haut niveau moral et réaffirmer le rôle central de concepts tels que l’égalité, la société, l’intérêt public et le partage des responsabilités, tout en contestant l’idée que la privatisation devrait être l’approche par défaut. « La communauté des droits de l’homme doit mettre au point de nouvelles méthodes pour faire face systématiquement aux implications plus larges de la privatisation généralisée et veiller à ce que les droits de l’homme et la responsabilité soient au centre des efforts de privatisation « , a déclaré Alston.

Il semble qu’il n’y ait pas de limites à ce que les États ont privatisé, a-t-il dit. Partout dans le monde, les institutions et les services publics ont été repris par des entreprises privées qui se consacrent à tirer profit des éléments clés des systèmes de justice pénale et des prisons, à dicter les priorités et les approches éducatives, à décider qui bénéficiera des interventions de santé et de la protection sociale et à choisir les infrastructures à construire, où et pour qui, souvent avec des conséquences graves pour les plus marginalisés. « Il existe un risque réel que les vagues de privatisation qui se sont succédées jusqu’à présent soient bientôt suivies d’un véritable tsunami », a déclaré M. Alston.

La privatisation de la protection sociale conduit souvent à mettre l’accent sur des préoccupations d’efficacité économique qui visent à réduire au minimum le temps passé par client, à clore les dossiers plus tôt, à générer des honoraires chaque fois que cela est possible et à s’occuper de ceux qui sont mieux lotis, poussant à la marge ceux qui ont moins de ressources et des problèmes plus complexes.

De nouvelles énergies et une nouvelle équipe au sein du Comité International URGENCI

Communiqué de presse, 12 novembre 2018

Plus de 300 délégués du réseau URGENCI International Community Supported Agriculture (CSA) représentant plus de 2 millions de membres du monde entier viennent de passer trois jours à Thessalonique (Grèce) pour la 7ème rencontre du réseau Urgenci International CSA, ainsi que la 4ème réunion européenne et la 2ème réunion du réseau méditerranéen.

La première journée a été consacrée à trois volets internationaux : justice alimentaire et économie solidaire, plaidoyer et praticiens.

Ces pistes ont été reprises lors de la deuxième journée qui comprenait 30 ateliers différents sur ce qui précède, ainsi que des pistes dédiées pour le réseau Méditerranéen, La Pêche Soutenue par la Communauté, une piste pour les débutants, le partage d’expériences, la construction de réseaux,  la formation et  la justice sociale. Les vastes alliances et coalitions qu’ URGENCI a construites au fil des ans ont trouvé un écho dans de nombreuses sessions, tout comme la nécessité d’améliorer la communication sur nos nombreuses réalisations et travaux.

La richesse des contenus et l’enthousiasme ainsi que l’ouverture d’esprit et le respect se sont reflétés dans les travaux de la troisième journée consacrée à l’Assemblée Générale d’URGENCI, où un nouveau plan triennal a été élaboré. C’est aussi le reflet de l’avènement d’URGENCI en tant que mouvement social mondialement reconnu et d’une gouvernance de plus en plus démocratique et participative.

L’Assemblée générale s’est également penchée sur les moyens d’assurer la stabilité financière par le biais d’une nouvelle structure de cotisations qui permettra au réseau de résister aux pressions exercées par les insuffisances potentielles des projets et les crises financières qui pourraient résulter du modèle actuel fondé sur les projets, et d’élaborer une nouvelle approche pour renforcer progressivement la résilience collective.

Le Comité international fraîchement élu reflète bien la volonté d’URGENCI de continuer à grandir comme un effort encore plus inclusif et collectif. C’est une équipe plus jeune et plus diversifiée que jamais, tout en reflétant l’équilibre producteur-consommateur ainsi que l’équilibre entre les genres qui font également partie des valeurs fondamentales d’Urgenci. Il comprend Judith Hitchman (Irlande) et Shi Yan (Chine) comme co-présidents, Isa Alvarez (Espagne) comme vice-présidente et Denis Carel (France), Ariel Molina (Brésil), Qiana Mickie (Etats-Unis), Veikko Heinz (Allemagne), Simon Todzro (Togo) et Shimpei Murakami (Japon). Zsofia Perenyi (Hongrie) a été réélue Expert spécial sur l’éducation et la formation. La création spontanée d’un nouveau représentant spécial pour la Pêche soutenue par la communauté est le reflet de l’enthousiasme et de la détermination de construire un réseau frère sous la bannière URGENCI sur ce thème. La pêche soutenue par la Communauté est déjà bien développée en Amérique du Nord et est de plus en plus reconnue en Europe ! Et Elizabeth Henderson (US) continuera également en tant que présidente d’honneur dl’URGENCI.

Le nouveau plan de travail comprend un accent particulier sur chaque continent, avec des sujets clés qui se transformeront en nouvelles propositions de projets et actions au cours des trois prochaines années.

Tout ce travail a été rendu possible grâce au Comité de pilotage dédié et à l’équipe locale d’AGROECOPOLIS dirigée par Jenny Gkiougki. De nombreuses activités parallèles ont été menées, allant de très belles oeuvres d’art qui consistaient en cartes postales à envoyer à la FAO, à personnaliser des t-shirts et faire un échange de graines sous forme de mandala. La réunion a également été soutenue par un groupe de 20 interprètes professionnels bénévoles et par l’équipe des systèmes d’interprétation alternatifs COATI, qui ont rendu la communication possible.Ce sont des acteurs clés dans toutes les grandes réunions des mouvements sociaux, ils et elles contribuent à rendre notre travail possible au-delà des frontières !

 

Une délégation colombienne en Occitanie
[Par Bérénice Dondeyne, Co-Présidente MES Occitanie, membre du Comité de Coordination du RIPESS Europe]
Présenation artisanat Colombie
Suite au GSEF à Bilbao, le Mouvement pour l’Economie solidaire Occitanie a accueilli avec grand plaisir une délégation colombienne du 7 au 12 octobre 2018! Des rencontres avec des élus, des acteurs de terrain  ont été organisées par Denis Coutens et Bérénice Dondeyne, co-présidents . La Colombie bénéficie d’une extraordinaire diversité écologique et possède des réserves naturelles en Amazonie reconnues par l’UNESCO.
Beaucoup d’échanges autour d’une agriculture locale de qualité garantissant l’autosuffisance alimentaire et articulée autour d’une communauté citoyenne rurale de « paysans » ! Engagée dans un processus de paix avec les Farc, la Colombie amorce une nouvelle étape dans laquelle l’Economie sociale et solidaire occupe une place centrale. Des coopératives d’ores et déjà façonnent un nouveau rapport aux « communs », à la terre et à la propriété et bien entendu à la répartition des richesses.
Grâce à des partenaires tels que  Alfredo Cadena, CODEMA y PROVIVIENDA, César Díaz, CIMA (Cumbre de los pueblos del Macizo), Julián Díaz, Asociación Campesinos Putumayo, Mario Anatole Vega, ProComún, Turismo del Común, nous avons découvert un ensemble de produits naturels et biologiques, produits d’excellence à forte valeur nutritive et gastronomique (graines, huiles, haricots…) ou artisanat végétal pour lesquels peut être envisagée une filière de distribution ici en région Occitanie. Des premiers contacts ont été établis. A suivre…
Merci à La Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée O’Saveurs-Paysannes Ville d’Albi Artisans Du Monde Toulouse MIRAMAP Lycée Fonlabour Albi   qui tous inscrivent l’agriculture responsable et l’alimentation au coeur de leurs préoccupations. Ce voyage s’inscrit dans le cadre de la dynamique qu’impulsent nos reséaux Ripess et Ripess Europe. La Délégation était accompagnée par la Fabrica, coopérative d’innovation sociale de Barcelone (Dorys Ardila/Josep Maria Navarro), Intaini, une ONG franco-colombienne (Amparo Theret à Toulouse a appuyé l’interconnaissance des acteurs occitans et colombiens).
O'Saveurs Paysannes Bienvenida

 

Thessalonique, Grèce : Agriculture soutenue par la Communauté au-delà des frontières
Urgenci Thessaloniki

Nous sommes de petits paysans et usagers locaux engagés dans l’agriculture soutenue par la communauté (CSA), un partenariat direct dans lequel les risques, les responsabilités et les bénéfices de l’agriculture sont partagés.

Les partenariats Locaux et Solidaires (VSA en anglais)  font partie de notre expérience quotidienne de création d’une véritable alternative au système économique actuel, où le pouvoir de décision en matière de production et de distribution alimentaire est de plus en plus concentré entre les mains de quelques investisseurs financiers. Mais nous croyons qu’il y a encore plus en jeu.

Nous croyons que les PLS sont une préfiguration du nouveau contrat social entre les producteurs d’aliments et les communautés qu’ils nourrissent. La Déclaration européenne des PLS, adoptée lors de la dernière rencontre européenne en septembre 2016, constitue une étape décisive dans le partage de nos propositions. C’est une feuille de route.

Le mouvement PLS européen a parcouru un long chemin, mais il reste encore beaucoup à faire. Où en sommes-nous lorsque nous examinons nos promesses initiales ? Sauver les exploitations agricoles, favoriser les économies locales et les emplois qui ne peuvent être délocalisés, panser les blessures sociales et environnementales, réparer les liens brisés entre les différentes communautés, reconstruire la cohésion sociale : quelles sont nos réalisations ? Quels sont les défis clés qui nous restent à relever et quels sont les nouveaux défis à relever ?

La réunion est prévue du 9 au 11 novembre 2018 à Thessalonique.

Pour plus d’informations : https://thessaloniki.urgenci.net/about/

Russie : à Saint-Pétersbourg, construire des solidarités avec des initiatives locales
Saint Petersburg

[Par Laura Aufrere, membre du comité de coordination du RIPESS Europe]

Lors de la dernière assemblée générale de RIPESS Europe à Zagreb, nous avons eu la chance de rencontrer Olga Polyakova, représentante de TRAVA, un collectif russe particulièrement dynamique, qui organise des formations de pairs à pairs et des rencontres d’éducation populaire, des événements de collecte alimentaire et des happening cuisinés, des visites à Saint-Petersbourg, un guide de la consommation responsable. etc.Grâce à Olga, fin septembre, j’ai eu la chance d’être accueillie dans son chaleureux appartement sur l’île de Kanonersky, partagé avec Gleb et Olga.

Considérée comme la 16e république de l'(ex) URSS pour son indépendance géographique, cette belle île se distingue du reste de la ville, réunissant un grand port, avec ses industries et ses entrepôts, des immeubles de logements, des aires de jeux pour enfants et quelques belles promenades. La diversité du paysage trouve son unité dans un panorama sonore commun, lié par le vent et les rumeurs du port. Avec l’aide de nombreux amis d’Olga à Saint-Pétersbourg, y compris des membres de TRAVA, nous avons passé ensemble une semaine entière de rencontres avec des initiatives locales, et elles sont nombreuses. Olga m’a fait visité cette belle ville, m’expliquant en chemin l’histoire des bâtiments et les noms des rues. Nous sommes passés devant le centre des arts Pushkinskaya 10 pour rendre hommage au « plus grand fan des Beatles » de Russie, Kolya Vasin, qui est devenu une figure marquante de la scène underground dans les années 1960.

Nous avons visité une friperie caritative, et de nombreuses initiatives collectives pour débattre des questions d’économie solidaire à partager dans le cadre de futurs projets communs. On nous a raconté des histoires d’aventures collectives de cafés, restaurants, etc. autogérés. On m’a invité à présenter le point de vue du RIPESS Europe sur l’avenir du travail relatif à la transformation numérique lors des Rencontres d’Automne, organisées par l’Institut d’échange germano-russe, sur le sujet « Quelles évolutions du travail en Europe : organisation, espaces et temps de travail, nouveaux métiers et adaptation de l’éducation, économie solidaire».

Avec les autres intervenants Anja Abendroth (de l’Université de Bielefeld, Allemagne) et Margarita Kuleva, de l’École supérieure d’économie (Saint-Pétersbourg, Russie), nous avons eu l’occasion de débattre de questions contemporaines qui sont partagées au niveau européen par de nombreuses initiatives indépendantes, avec nos pairs russes. L’Institut français à Saint-Pétersbourg m’a également donné l’occasion de donner une conférence sur le thème « Nouveaux modèles organisationnels dans le secteur artistique et culturel : organiser la création en commun(s) et pour le commun », dans le cadre du programme de recherche sur la Ville et de son évolution.

Cette semaine passée à Saint-Petersbourg a permis l’ouverture de tant de relations chaleureuses et accueillantes et la promesse de connexions pour des projets futurs.

FSM des économies transformatrices 2019-2020: où en est-on?
octobre 15, 2018
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En juillet dernier, nous avons organisé une cérémonie de présentation à Barcelone du Forum Mondial des Economies Transformatices, et depuis lors, nous avons travaillé ensemble avec les différents réseaux d’économie sociale et solidaire (ESS) à l’origine de cette initiative –XES, le Réseau catalan d’économie solidaire; REAS, le Réseau espagnol des réseaux d’économie solidaire, et RIPESS, le Réseau intercontinental de promotion de l’ESS- pour mettre le processus en marche.

Le Forum veut être un processus de confluence entre le local et l’international de différentes approches d’une autre économie, que nous appelons les Economies Transformatrices.. Comme vous avez pu le lire dans le premier Appel, certaines structures localesont déjà commencé leurs réunions pour établir un agenda, des priorités et des objectifs, la cartographie des organisations et des mécanismes de convergence avec les sphères locales et internationales. En parallèle, RIPESS encourage le processus par l’intermédiaire des membres sur les différents continents; d’autre part, nous travaillons avec des réseaux et mouvements internationaux pour chaque axe afin de contribuer à la diffusion et à l’articulation du processus.

Au cours des dernières semaines, nous avons défini le modèle de gouvernance qui organisera les confluences au niveau local et international, dans lequel les différentes formes de participation et de co-promotion se reflètent. Nous voulons que cette structure ait comme épicentre la base sociale des économies en transformation et que le mouvement de confluence soit promu à partir des différents axes thématiques.

D’autre part, nous progressons dans la création d’outils de travail en ligne pour faciliter la rencontre et la confluence locale-internationale, ainsi que d’outils de diffusion, tels que le site Web du Forum et le matériel graphique, que nous partagerons avec vous dès que possible, ainsi que les prochaines étapes à suivre pour participer au processus que nous avons commencé. En attendant, si vous avez quelque doute, idée ou suggestion, vous pouvez nous contacter à hola@transformadora.cat

Finalement, nous profitons de l’occasion pour vous présenter la nouvelle équipe technique, qui apportera un soutien permanent au Forum; il sera basé à Barcelone et est composé de 4 personnes qui dirigent les domaines de travail suivants :

Coordination: Júlia Granell

Facilitation internationale: Iris Aviñoa

Communication: Laie Vidiella

Merci beaucoup et à converger!

Équipe FSM des Economies Transformatrices

INAISE (finance solidaire) et NENA (Océanie) deviennent membres

Juste après le Forum GSEF, s’est tenu le Conseil d’Administration du RIPESS international qui est composé de deux délégués par continent et de représentants des membres internationaux comme Urgenci. A noter que le RIPESS et le GSEF pratiquent une adhésion croisée et que les liens de collaboration entre les deux entités se sont consolidés. Laurence Kwark, déléguée générale du GSEF avait été invitée à participer à la première matinée de travaux. Le Conseil d’administration en présentiel est un temps fort annuel au cours duquel s’élabore la stratégie du RIPESS au niveau international en lien avec les réalités des continents qui sont toutes différentes entre elles. C’est aussi l’occasion de mettre des visages sur les noms qui circulent sur les listes lors des consultations virtuelles, un essentiel de la cohésion du réseau.

 Un des éléments de complexité est lié à l’ampleur géographique et démographique des continents et le principe de créer des sous-continents (notamment en Asie) pour mieux atteindre un objectif d’essaimage des pratiques a été envisagé. Deux nouveaux membres se sont ajoutés : INAISE (réseau international des investisseurs dans l’ESS) et NENA (New Economy Network Australia). Un partenariat avec Quartier du Monde à été aussi établi.

Sur la communication, une important décision a aussi été adoptée: la réunion de tous les sites web au sein de celui du Ripess intercontinental , ce qui permettra d’utiliser une grammaire et une sémantique commune, des économies d’échelle et une meilleure intercommunication. Gabriel Boichat le nouveau chargé de communication du RIPESS a relayé abondamment sur les réseaux sociaux les deux évènements. La photo qui illustre cet article est extraite de la manne rassemblée par ses soins

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